Un exosquelette pour randonner ?

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Un exosquelette pour randonner ?

L’autre jour, je lisais un article sur le test d’un exosquelette électrique, dans le magazine « La Randonnée » de Suisse Rando (no 2 – 2026). Après le e-bike, le e-ski de randonnée, voici la e-randonnée. Simon Stadler, Président de Suisse Rando et Michael Roschi, directeur, ont testé un exosquelette à propulsion électrique lors d’une randonnée et donnent leur avis dans l’article.

Ces exosquelettes ressemblent à des baudriers, mais sont plus grands et plus massifs. Ils sont censés réduire jusqu’à 40 % l’effort en randonnée.

Le principe ressemble à celui d’un vélo électrique. Dès que l’humain donne l’impulsion, la machine se met en route et soulage une partie de l’effort.

L’exosquelette testé dans l’article coûte environ CHF 1’400.00, et d’après Simon Stadler, « ça entraîne vraiment très fort ».

Je n’ai pas eu l’occasion de tester un tel appareil à ce jour. Peut-être le ferai-je un jour, pourquoi pas ? Mais quelques passages de l’article m’ont interpellée et me font réfléchir quant à l’utilisation de cette technologie.

Comme par exemple :

« Les personnes âgées pourront en outre faire des randonnées plus longues et la perte de force liée à l’âge ne les contraindra à ranger définitivement leurs chaussures de marche que plus tard. » Michael Roschi

« L’innovation technique encouragerait ainsi simplement l’activité physique et permettrait par ailleurs d’équilibrer les groupes de randonnées : les personnes plus en forme marchent sans moteur, tandis que celles un peu moins en forme se font aider – et tout le monde est content. » Michael Roschi

Les testeurs mettent en garde – à juste titre – de ne pas se surestimer, de bien connaître ses limites et redoubler de prudence.

De l’usage de la technologie

Je ne suis pas contre la technologie. Mais je ne suis pas non plus pour une utilisation de n’importe quelle technologie à tout prix, sans réflexion, juste parce que quelqu’un – ou l’industrie – créé des besoins qui n’existaient pas avant. Je questionne aussi à chaque fois s’il y a des solutions alternatives, qui sont plus durables et naturelles à long terme.

La technologie nécessite toujours des matériaux, qu’il faut extraire, façonner, et donc ici sûrement aussi des terres rares pour fabriquer les batteries de l’exosquelette. Terres rares dont on sait que l’extraction se fait rarement dans de bonnes conditions pour les travailleurs. Des morts dans les mines en Afrique pour pouvoir marcher peu plus vite et plus loin en Europe ?

Mais lorsque la technologie est utilisée à bon escient, c’est formidable. Je pense notamment à ce même type d’exosquelette utilisé pour les personnes en situation de handicap, et qui leur permet de retrouver au moins une partie de la station debout et de la sensation de marche.

Avantages – inconvénients – et les questions que je me pose

D’abord, avant même de commencer à marcher avec cet exosquelette, les testeurs parlent du transport de l’objet – dans sa valise métallique. Pas hyper pratique quand on a déjà un sac à dos à transporter, d’autant plus si on se déplace en transports publics. Dans ce cas, que faire de la valise ? OK, il y a des casiers dans certaines gares, mais pas partout, et on n’arrive pas toujours dans une gare non plus. Et si on décide de le prendre dans le sac à dos, cela rajoute du poids et du volume.

Dans l’article, les testeurs mentionnent le temps passé durant la rando à régler l’appareil et ses différents modes. Sans qu’ils en parlent directement, ce temps-là c’est moins de temps et d’attention porté aux subtilités de la nature et ce qui nous entoure. Peut-être ne pas avoir fait attention à un écureuil qui était posté près du chemin, mais qui aurait fuit en voyant arriver cet humain-machine. Ou la belle forme particulière du tronc d’un arbre.

On ne sait pas si l’appareil fait du bruit, ou s’il est totalement silencieux. Ce qui pourrait avoir une influence sur l’observation des animaux, dont l’ouïe est souvent beaucoup plus fine que la nôtre.

L’un des testeur constate une baisse de ses pulsations cardiaques avec l’assistance, ce qui a priori serait positif.

Lors de l’utilisation d’un vélo électrique, le mouvement de pédalage est souple. En principe, il y a peu de charge sur les articulations.

Dans le cas d’un exosquelette électrique de marche, ce n’est pas le même cas de figure, car il y a semble-t-il toujours une certaine charge sur les articulations.

Est-ce qu’il y a des risques pour la santé à long terme ? De forcer sur les articulations ? De se sur-estimer ? D’aller trop loin ?

Est-ce qu’il y a un risque de marcher plus et plus vite que ce le corps est « techniquement » (muscles, articulations, tendons) capable d’absorber ? Est-ce que cela pourrait engendrer des lésions qui ne seraient pas visibles tout de suite ? Ou au contraire, est-ce que l’utilisation d’un tel appareil renforcerait la musculature et le système articulaire, sans faire de dégâts ?

Est-ce que l’utilisation d’un exosquelette électrique ne fausserait pas les sensations ressenties lors de la randonnée et les apprentissages nécessaires à une bonne pratique durable à long terme ?

Concernant les personnes qui marchent lentement et n’arrivent pas à suivre : pourquoi ne pas tout simplement attendre et ralentir le rythme général ?

Va-t-on également assister à un développement fulgurant de l’utilisation de cet appareil, avec beaucoup de gens qui se rendent ainsi en montagne facilement, parce que l’appareil rend la montagne accessible, mais sans que ces personnes soient en capacité de randonner de manière sûre et adaptée, sans poser de problèmes ? A l’image de ce que l’on peut malheureusement constater avec certain-e-s utilisateur-trice-s de VTT électriques.

Ce que je préconise avant d’utiliser un exosquelette

Cet appareil vous paraît être une solution, mais vous vous posez des questions ?

Revenons à des choses simples 😉

Avant d’utiliser un exosquelette de marche, plusieurs options peuvent déjà être envisagées. Par exemple :

Le renforcement musculaire général du corps

Je le pratique toutes les semaines depuis 5 ans. Avant, en tant que cycliste, je n’avais quasiment que les jambes qui étaient musclées. Pas le reste du corps. Depuis, en travaillant avec un coach sportif qui me fait un programme personnalisé, et l’adapte selon mes objectifs, mon niveau d’énergie et de fatigue, je sens une nette différence. Mon haut du corps est bien plus musclé qu’avant et mon corps en général est bien plus équilibré.

Résultat : moins de tensions, moins de risques de blessures, plus de force, d’équilibre et de coordination. Et plus de plaisir. Car maintenant, je profite beaucoup mieux dans différents sports, que ce soit en rando, en vélo, en ski alpin, en ski de fond ou en voile. Cela même dans des périodes où je suis moins en forme.

A cela, il faut ajouter que pour les femmes plus particulièrement, il est important de maintenir un renforcement musculaire régulier, afin de prévenir la perte musculaire qui arrive et chute à partir de la ménopause. Une bonne musculature préalable et son maintien au fil des années permet de maintenir un niveau physique minimum. Qui permet à son tour de continuer à pratiquer des activités sportives et de loisirs avec plus de plaisir, et moins de risques de blessures.

Et on peut commencer et progresser à tout âge. J’ai récemment côtoyé deux personnes de 70 ans, qui s’y sont mises récemment, pour éviter de décliner physiquement trop vite. Et ça marche !

En randonnée, on peut utiliser éventuellement une paire de bâtons si nécessaire, selon la difficulté du chemin et/ou le poids du sac. Des bâtons peuvent aussi bien sûr être utilisés pour aider à l’équilibre.

Randonner à son rythme

Pourquoi toujours devoir être performant-e ? Pourquoi toujours devoir suivre ceux et celles de devant ? Ẽtre essoufflé-e alors que d’autres devant donnent l’impression de ne pas faire d’effort ? Avoir l’impression d’être le boulet qui ralentit le groupe et qui est toujours à la traîne ? Pire encore, être toujours la dernière, 50m derrière les autres et personne qui attend ou qui aide ? Avoir le reste du groupe en ligne de mire, sans jamais pouvoir le rattraper, sauf lors des pauses ?

Mais là, à peine arrivée que le groupe repart, car il attendait sur vous, sans vous laissez le temps de souffler, ni boire, ni manger un petit snack ? Et donc repartir sans avoir eu le temps de s’alimenter, ça donne une fringale quelques temps plus tard. Baisse d’énergie, et donc à nouveau du retard accumulé sur le groupe.

Vous connaissez cette sensation ?

Pourquoi ne pas tout simplement pouvoir randonner à son rythme, même au sein d’un groupe, qui marche de manière plus homogène, calé sur le rythme des moins rapides ? Par exemple avec quelqu’un qui gère le rythme et tient compte des capacités de chacun-e. Une meilleure intégration. Plus de plaisir. Et l’envie de continuer et de faire d’autres randonnées.

Et qui dit plus de plaisir et participer à d’autres randonnées, dit aussi souvent faire de nouvelles connaissances, qui peuvent devenir des ami-e-s, découvrir de nouveaux endroits. Cela devient un cercle vertueux.

Mieux gérer son énergie

Ayant été très tôt à l’écoute de mes sensations physiques, j’ai toujours beaucoup fonctionné au feeling dans ma pratique sportive. Au fil du temps, j’ai appris à reconnaître les hauts et les bas en énergie, quand et comment m’alimenter (même si dans ce dernier domaine, il y a encore toujours à creuser), et à gérer mon énergie sur des longues distances.

Je suis plutôt ce qu’on appelle « un diesel » : les sportifs et sportives qui mettent un moment à se mettre en route, mais qui ensuite peuvent durer des heures à un rythme régulier. Un peu comme l’Ovomaltine : « ça ne va pas mieux, mais plus longtemps ! » 😉

Les sports d’endurance sont aussi des apprentissages. Randonner, ce n’est pas juste marcher. C’est aussi apprendre à marcher, gérer sa vitesse de marche, apprendre à gérer ses couches de vêtements, comment s’équiper, quoi mettre dans son sac à dos.

Mais aussi apprendre à gérer son énergie sur plusieurs heures, sur une journée, ou sur plusieurs jours. Savoir quand s’économiser, pour garder suffisamment d’énergie quand il en faut plus. Cela vient aussi avec la pratique.

Apprendre à gérer son alimentation

L’énergie est liée aussi à l’alimentation. La nourriture, c’est le carburant du corps. Perdre cela de vue parce qu’un appareil permet de randonner quelle que soit son alimentation, c’est aussi perdre ses sensations liées à ce qui nous convient ou ce qui ne nous convient pas comme aliments.

Sans être strict, on apprend à gérer son alimentation. Quand manger ou quand ne pas manger, quoi manger pour se sentir bien, ou au contraire quels aliments éviter.

L’alimentation est un vaste sujet…

Mieux ressentir ses sensations et son environnement

Vous l’avez compris, je suis plutôt adepte de randonner à un rythme tranquille. Qui permet de mieux ressentir ses sensations, être à l’écoute de son corps et mieux voir son environnement. Arriver doucement sur un sentier, sur lequel se trouve une marmotte. Ne plus bouger, l’observer, autant qu’elle nous observe. Et cela peut durer un moment. Un moment magique, hors du temps, et des souvenirs pour la vie.

Mon avis

De manière générale, je trouve plutôt intéressant de privilégier d’autres solutions, avant de se rabattre sur un exosquelette. Randonner simplement, sans ce type d’aide technologique.

Randonner sans exosquelette, pour être au plus près de ses propres sensations physiques (ressenti musculaire, articulaire, niveau d’énergie notamment). Pour mieux ressentir son environnement et voir toutes les merveilles que la nature nous offre.

Comme déjà mentionné plus haut, je suis tout à fait ouverte à tester ce type de matériel. Et je pense que c’est sûrement des solutions pour les personnes dont le handicap physique ne leur permet pas de faire une activité sans une aide technique.

En tant qu’accompagnatrice en montagne, je privilégie les client-e-s qui préfèrent marcher de manière plus tranquille. Mon credo : « Randonner… sans se presser, pour mieux profiter ». Ainsi, il n’y a pas de boulet du groupe ;-).

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